Marie, haut-potentiel victime de violences psychologiques

Marie, m'a envoyé son témoignage.

Victime de violences psychologiques dans son couple, elle partage ses prises de conscience alors qu'elle est sortie de cette relation depuis quelques mois. Elle fait le lien entre son haut-potentiel et ce qu'elle nomme son "seuil de tolérance trop élevé face à la violence".

Je vous raconte son histoire. Témoignage porteur d’espoir et de « hâte de vivre »



Je lis et relis frénétiquement les articles sur internet du type « Dites-moi, c’est bien un PN? » et ce que j’y trouve me laisse sans voix. J’ai lu également les ouvrages « Les pervers narcissiques » et « Pourquoi m’as-tu abandonné(e) » de Jean-Charles Bouchoux. Plus encore que la compréhension (si possible soit-elle un jour) du comportement de cette personne qui m’a tant fait souffrir et qui m’a conduite à la nécessité d’être à ce jour aidée, je suis dans une démarche de compréhension de ce qui m’a amenée à accepter cette relation pendant de longues années …


Les témoignages divers sur le sujet des violences psychologiques, et notamment au sein même d’un couple, sont saisissants de réalité et de similitudes avec ce que j’ai pu vivre. D’autres semblent faire le lien entre le fonctionnement de certains hauts-potentiels et les violences subies. Je suis HP, et j’ai été victime de violences…


Je crois comprendre à ce jour certaines choses : non pas sur lui, mais sur moi ! A ces questions récurrentes « pourquoi moi, pourquoi ai-je permis cela, pourquoi suis-je dans une grande difficulté de reconstruction ?», je commence grâce à la « violence » que je me fais chaque jour pour faire un pas après l’autre … à regagner peu à peu en lucidité.


Je pense avoir un degré de tolérance trop élevé à la violence quelle qu’elle soit. Mon côté rebelle et téméraire vient du climat de violence dans lequel j’ai évolué plus petite. Les gifles de ma mère, les coups de mon père, les griffures et tirages de tignasse de mes frères et sœurs m’ont forgée une carapace extérieure, qui m’a permis de montrer une femme qui n’a pas peur. Voire qui, pour tenter de déstabiliser mes « agresseurs », est allée jusqu’à tendre avec arrogance l’autre joue quand je venais de m’en prendre une.


Je me suis surprise à dire à une amie que « j’aurais préféré (si on peut préférer cela) me voir infliger des coups physiques de cette homme ! Je n’avais pas pris à la mesure de cette pseudo capacité à gérer cette violence… car la violence des mots et des comportements que j’ai subie, m’ont en fait « lobotomisée ». J’en conclue, peut-être un peu rapidement, que je suis plus forte face aux coups physiques : on y met de la glace, un pansement. On peut matérialiser la guérison. Contrairement aux maux psychologiques, invisibles, eux.


Je connais pourtant mes limites, mais chaque fois que je tentais de les exprimer ou les faire respecter, tout le processus de culpabilisation, dénigrement et autres subterfuges m’ont été renvoyés tel un boomerang en plein visage. Je ne réalisais pas précisément ce qui se jouait dans ces moments-là … Une baffe, un poing, auraient été plus clairs.


Je sais bien qu’une des tactiques adorées des personnes manipulatrices et perverses est l’identification projective … et donc … aujourd’hui j’essaie de me débarrasser de ces comportements qui m’ont été attribués toutes ces années durant :

– tu es dépressive (mais oui, aujourd’hui je le suis oui en effet)

– tu te victimises (oui, puisque je suis victime)

– tu n’es jamais satisfaite (oui, en effet je ne peux l’être dans de telles conditions)

– tu es manipulatrice (oui, je m’y suis essayée face à lui, sans jamais y gagner)

– tu es vindicative (oui, j’ai souvent une opinion et la revendique)


J’ai coupé tout contact avec cet homme, et, chaque jour est une victoire ! Mais comment peut-il être compliqué de couper avec une personne qui a fait tant de mal ? Une part de moi est-elle masochiste ? Le binôme - névrosée que je suis et manipulateur pervers narcissique qu’il est - s’auto-alimenterait-il ?


Mais pourtant je me bats ! Je m’agite dans tous les sens. Je pleure. Je me mets dans des états d’une incroyable violence envers moi-même : non pas parce qu’il me manque, mais pour me débarrasser de ce costume qu’il m’a fait porter. Pour me débarrasser de cet « autre moi » qu’il a voulu créer. Je sais que je ne suis pas tout cela, et pourtant, je dois lutter pour enlever cela de moi.


J’ai compris que je ne veux pas me supprimer. C’est terrible. D’y avoir songé ! Et pourtant…


Je veux, de toutes les forces qui me restent, que cette souffrance cesse. Dans des moments de crise (doute, angoisse, vide) je me retrouve sans repère, dans un tourbillon infernal de pensées et d’émotions que je n’avais jusqu’alors jamais connues. Oui, c’est là que je me suis dit : « Vite ! Il y a urgence : pour arrêter d’avoir ces ressentis il me faudrait disparaître… » et paradoxalement … j’ai hâte, mais hâte de VIVRE ou revivre loin de lui, loin de sa famille, loin des mensonges, loin de ses amis, tous hypnotisés par sa folie enrobée de miel et de sourires complaisants.


J’ai beaucoup d’amour et de tendresse à offrir. Et plus que d’en recevoir, j’ai envie d’en donner. Un jour, peut-être, à un homme qui appréciera de recevoir.


La vérité, ma vérité, c’est que dans cette relation j’ai donné sans compter … et non pas que je n’ai rien eu en retour, car il a su me couvrir de tendresse à certains moments, lui n’a rien pris ! C’est un puits émotionnel sans fond, ce genre de relation, dans laquelle on donne son affection et son amour à une personne qui ne peut pas l’accepter. Un puits sans fond, c’est bien cela. Il en demandait toujours plus. Et plus j’essayais de donner, plus je m’épuisais, car cela ne suffisait jamais.


Le plus beau dans une relation amoureuse, je crois, c’est de partager ses sentiments et savoir que sa moitié s’en ressent d’autant plus épanouie ? Enfin, ça doit y ressembler ? Je ne sais plus trop, en fait.


Avec un peu de recul, je me rends compte que plus je me suis engagée dans la relation, plus son comportement a dégénéré. Exactement là où, normalement, le couple est sensé se solidifier et construire.


Je réalise que de toute manière tout ceci était voué à l’échec. Je me disais que je n’aurais sans doute pas mieux. Pas mieux que rien, finalement. Rien ? Rien d’autre que de la souffrance, des mensonges, de l’épuisement à en oublier qui j’étais. Rien de sincère, jamais. Des tiraillements quotidiens entre mes valeurs, mes limites et les siennes ?! Mais quelle idiote ! C’est pas – rien – quand même !


Mais je suis aussi consciente qu’il est en souffrance, et mon empathie m’empêche instinctivement d’assister les bras ballants à la souffrance d’autrui… et ça, il l’avait si bien compris. Mais je rends mes armes… je ne jouerai plus son jeu, je ne serai plus sa chose, son jouet.


Je le laisse finalement face à sa vie, sa réalité telle qu’il a envie de la dessiner … tout en ayant conscience qu’il refera du mal. Tant pis. Ce n’est plus mon rôle, le rideau est tombé, le costume jeté. Fin de la pièce.


Dans tous les cas, loin de moi cet homme que je n’ai même jamais trouvé beau, qui semblait juste charismatique et qui ne l’est pas pour un sou. J’associe cette relation à un mirage. J’ai vu en lui ce que je voulais y voir et non ce qu’il était…


Là est un de mes point faible … manquer de lucidité et voir en quelqu’un ce qu’on a envie d’y voir …


Désormais, je vais apprendre à ouvrir les yeux.