ZEBRES, HAUTS-POTENTIELS, TDAH, ASPERGERS

HYPERSENSIBILITE ET HYPEREMPATHIE

Un système nerveux hyper réactif, livré sans mode d'emploi

Ressentir fort et tout le temps ! Si l'hypersensibilité peut être perçue comme un don, elle peut vite devenir une hantise pour qui la vit. Les émotions sont intenses et souvent ces hypersensibles ne savent pas les analyser, ni comment y répondre. L’hyperesthésie des HPI est à l’origine de nombreuses exacerbations.

Alors, toutes / tous (hyper)sensibles ?

Encore récemment, il était fréquent d'entendre dire d'une personne qui manifestait ses émotions avec excès qu'elle était fragile, émotive, à fleur de peau, voire hystérique (dans le sens courant d'une "excitation intense, incontrôlée"). Aujourd'hui, un mot suffit pour englober toutes ces nuances : hypersensible.
 

Or, le sujet de l'hypersensibilité a le vent en poupe, particulièrement sur internet, qui abonde de dessins humoristiques, de récits plus ou moins authentiques ou encore de tests tels que "Êtes-vous vraiment hypersensible?" (Huffington Post) ou "La technique infaillible pour savoir si vous êtes hypersensible" (Marie-Claire)… Chacun peut s'y trouver des traits d'hypersensible et, il faut bien le dire, peu s'en privent.

Au fait, de quoi parle-t-on?

En premier lieu, il est nécessaire de définir ce que l'on entend par "hypersensibilité". Pour cela, il apparait donc essentiel de s'accorder dans un premier temps sur ce qu'est la"sensibilité", puis dans un second, sur ce qu'implique le préfixe "hyper".

 

Le Robert nous donne trois définitions de la sensibilité, résumées ici par les synonymes qu'il propose pour chacune d'elles :
 

  • l'excitabilité : elle fait référence à la sensibilité à des stimuli et à des sensations physiques (les sens), tels que le toucher ou le bruit.
     

 

  • l'émotivité : elle évoque la sphère affective, sentimentale qui entre en jeu par exemple lorsqu'on entend une histoire triste ou que l'on contemple un lever de Soleil.
     

  • l'humanité : liée à l'émotivité, elle s'en distingue par sa dimension plus universelle. Elle concerne et régit essentiellement notre rapport aux autres, à travers les émotions qu'ils suscitent en nous. Elle nous inspire bonté, pitié, tendresse, mépris…
     

A l'évidence, ces trois nuances renvoient chacune à un type de sensibilité bien distinct.
 

Je m'intéresserai particulièrement aux deux dernières ; bien que nombre de personnes dites hypersensibles présentent une réaction accrue aux stimulations sensorielles (chaud/froid, bruit, lumières vives…), mon domaine se situe davantage autour du travail sur les émotions, les ressentis.
 

L'élément "hyper", exprime quant à lui "l'excès, le plus haut degré". Toutefois, à l'évocation de ces termes, la question qui se pose naturellement est celle de la norme : excès par rapport à quoi ? Le plus haut degré selon quelle échelle ? La sensibilité, quand bien même nous parviendrions à la définir, peut elle être quantifiée, mesurée? A l'évidence non. Dès lors, où doit-on placer le curseur pour distinguer ce qui est "hyper" de ce qui est juste normal ?

 

En fin de compte, parler d'hyper renvoie à une évaluation purement subjective : votre "hyper" n'est vraisemblablement pas le même que le mien, ni même que celui de votre meilleur(e) ami(e). Parler d'hypersensibilité nous confronte donc à ces deux écueils que sont définition et référence à une norme. Si bien qu'il est difficile de contester, autant que d'attester, l'affirmation selon laquelle tel(le) ou tel(le) est hypersensible.

Sortir des amalgames pour se (re)connaître

A cela s'ajoute un biais cognitif que l'on nomme l'effet Barnum : il s'agit de la tendance d'un individu à s'attribuer à lui-même des traits de personnalité universels qui lui sont suggérés, le conduisant à se croire plus "spécial" qu'il ne l'est. Sa famille, ses amis le qualifient d'hypersensible (le premier mot qui leur vient à l'esprit, mais pas nécessairement le plus exact) ? Il aura alors naturellement tendance à s'attribuer cette caractéristique.
 

C'est pour toutes ces raisons qu'en consultation, plutôt que d'hypersensibilité, je vous invite à prendre conscience de VOS sensibilités au pluriel, de leurs subtilités, ainsi que des excès que vous pouvez éventuellement leur trouver.

 

Malheureusement, l'effet pervers de ces amalgames et de leur façon de nommer approximativement les choses, c'est que loin d'éclairer, ils ajoutent bien souvent de la confusion. Si bien qu'il n'est pas rare que des personnes dotées d'une grande sensibilité, mais qui ont parfois plus de mal à l'exprimer que d'autres (par pudeur, par timidité ou par leur éducation…), ne se reconnaissent finalement pas dans les traits volontiers attribués aux personnes dites hypersensibles. Parce qu'elles ne manifestent pas de réactions ostensibles, on pense à tort qu'elles ne sont pas touchées. Au mieux, on les trouve détachées, froides, insensibles ; au pire, elles sont arrogantes, hautaines. De façon symétrique, ces personnes se durcissent alors davantage, prenant encore plus de distance avec leurs ressentis, phénomène alimenté à nouveau par l'effet Barnum. La conséquence se traduit par un ancrage toujours plus solide des blocages émotionnels.

L'approche cognitive et comportementale : lever les blocages émotionnels

Parce que ces multiples sensibilités les font trop souffrir, certains n'osent pas ou s'interdisent de les vivre et se construisent une carapace. Mais, d'abord bâtie pour les protéger, celle-ci se durcit au fil du temps et des expériences de vie parfois traumatisantes, et finit par enfermer, oppresser. Associées à des croyances limitantes progressivement renforcées, les émotions douloureuses y "fermentent" mais peinent de plus en plus à rester contenues : à la moindre secousse, elles rejaillissent alors en explosion.

 

Or, ces secousses sont d'autant plus fréquentes et intenses que la personne se trouve en situation d'insécurité affective.

 

Dès lors, cette sensibilité secrète, qui rend extrêmement vulnérable, en particulier aux violences psychologiques, devient une fragilité. Pourtant, ne nous y trompons pas : la fragilité, bien qu'elle soit une faille, n'en est pas un défaut pour autant. Comme on peut le comprendre dans l'ouvrage "Etonnante fragilité" de Virginie Megglé (psychanalyste et auteure), elle correspond à notre part d’humanité, immaculée de toute injonction sociale.

 

En séance, j'accorde toute son importance à cette fragilité et aux sensibilités qui la composent : je vous invite à partager avec moi lesquelles d'entre elles vous trouvez excessives. Pourquoi celles-ci et non d'autres ? A quelles difficultés - mais aussi à quelles exaltations - vous exposent-elles ?

 

Grâce aux techniques issues des TCC (Thérapies Cognitivo-Comportementales) nous identifions et dénouons ensemble vos blocages pour désapprendre vos fonctionnements et réponses automatiques (protection, retrait, fuite…) qui à la fois vous enferment et vous coupent de l'apaisement. Les techniques empruntées  à l'ACT Thérapie (thérapie d'acceptation et d'engagement - 3ème vague des TCC), quant à elles, nous apprennent à "surfer" sur les évènements de vie qui vous ont conduit(e)s jusqu'au cabinet, l'objectif étant de gagner en flexibilité psychologique.

 

Enfin, vous renouez avec vos sensibilités, vous les écoutez, les décodez. Au lieu de les refouler, de les taire, vous les exprimez parce qu'elles font partie intégrante de cette complexité qui définit ce que vous êtes.

 

Cette complexité, votre complexité, d'une richesse incroyable, j'y suis… hypersensible!

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